On ne peut pas dire adieu à Nathalie Baye. Elle fait partie de notre patrimoine culturel, de nos murs. Et pourtant. Ce 17 avril, une grande actrice nous a quittés. Une actrice que les moins de vingt ans ont forcément entendu parlé, c’est un des rares visages qui a vécu au fil des années, des saisons, des films et des rôles, au sein des foyers français, et même au-delà de nos frontières. C’était une actrice, une femme, une amie, une copine. On avait tous l’impression de la connaître.

Quand on regarde la filmographie de Nathalie Baye, on s’attache à la qualifier d’un mot : variée. Nathalie Baye était une de ces actrices qui pouvait tout jouer. Les bourgeoises aigries ou comiques, les prostituées au grand cœur comme dans « La balance », les femmes égarées et fragiles dans « J’ai épousé une ombre », ou au contraire, les avocates bien décidées dans « Ne le dis à personne »… Et bien d’autres encore.
Nathalie Baye a donné la réplique à de nombreux acteurs français et internationaux : Alain Delon, François Cluzet, Richard Berri, Gérard Depardieu, Vincent Lindon, Patrick Timsit, Léonardo Di Caprio, Tom Hanks…

Fille d’un couple d’artistes bohèmes, de danseuse elle va finalement se diriger vers la comédie. La jeune Nathalie arrête les études à l’adolescence et entre au Conservatoire. De sorte que lorsque François Truffaut la remarque, elle joue depuis 1973 mais c’est cette incroyable rencontre qui va la révéler au grand public. Nous sommes en 1974, et la voilà aux côtés de François Truffaut déjà connu, pour qui elle endosse le rôle de la jeune scripte dans « La nuit américaine ». Film qui remporte l’Oscar du Meilleur film étranger et qui lui ouvre grand les portes du cinéma, elle a 26 ans.
Sa carrière se lance et Jean-Luc Godard lui offre un César du meilleur second rôle avec son film « Sauve qui peut » en 1980. L’année suivante, c’est un deuxième César, celui de la meilleure actrice qu’elle décroche pour son rôle dans « Une étrange affaire » un film de Pierre Granier-Defferre.

Dans « La balance » de Bob Swaim (1982), elle est récompensée du César de la Meilleure actrice aux côtés de Philippe Léotard. Dans ce film policier aux plus de quatre millions d’entrées, elle campe une prostituée dans les bas-fonds parisiens.
Puis elle rencontre Johnny Hallyday sur un plateau de tournage. De leur relation naîtra Laura Smet en 1983.

Les rôles s’enchaînent les uns après les autres, les opportunités, les rencontres. En 1999,
Tonie Marshall la met sous les projecteurs avec « Venus beauté », dans un rôle un peu à contre-courant, celui d’une esthéticienne en blouse rose, très à l’écoute de ses clientes mais pas d’elle-même.

Dans les années 2000, Steven Spielberg l’appelle. Le réalisateur américain se souvient de la jeune actrice française dans « La nuit américaine » de François Truffaut (Meilleur film étranger aux Oscars), faisant écho aux paroles de Léonardo Di Caprio pour le film « Arrête-moi si tu peux » en 2002.
Léonard Di Caprio avait dit alors : «Je sais qui peut être ma mère dans le film ! Il n’y a que Nathalie Baye qui peut jouer ce rôle ! ». Elle sera la première actrice français à jouer avec le grand Spielberg.
En 2005, elle bouleverse avec « Le Petit Lieutenant », un rôle qui lui offre un nouveau César.
Au total, Nathalie Baye en aura remporté quatre.

Elle jouera également aux côtés de sa fille Laura Smet dans « Les gardiennes » et plus récemment dans la série à succès « Dix pour cent ».
Nathalie Baye s’est éteinte à 77 ans de la maladie à corps de Lewy.
Salut l’artiste !

Photo de Une ©AFP – Anne-christine Poujoulat
Nathalie Baye en mai 2016 au Festival de Cannes