On le connait sous une multitude de casquettes : compositeur, musicien, chef d’orchestre, directeur musical, acteur… Aujourd’hui il fait partie du prestigieux jury du Prix de la Meilleure Création Sonore – Sélection « Un Certain Regard ».
La remise des Prix a lieu ce 22 mai, l’occasion de rencontrer Laurent Couson et de faire le point avec lui sur son parcours et sur les musiques de films avec un grand M.
Dans le cadre de la Semaine du Son au Festival de Cannes, il sera aux côtés de personnalités issues de différents horizons artistiques et techniques :
● Vincent Maël Cardona, pridsent du jury, acteur, réalisateur et scénariste
● Barbara Pravi, auteure, compositrice et interprète
● Janine Langlois-Glandier, Présidente du Forum Médias Mobiles, ancienne
dirigeante de la SFP, FR3, de l’INA et de Pathé
● Jean-Luc Peart, ingénieur du son tournage, membre de la CST
● Christian Hugonnet, Président de l’ONG La Semaine du Son
Créé en 2017 dans le cadre du 70e Festival de Cannes, le Prix de la Meilleure Création Sonore récompense chaque année un réalisateur pour l’excellence sonore de son film, « parce qu’elle sublime la perception artistique, sémantique et narrative du spectateur ». Ce prix est porté par l’ONG La Semaine du Son, fondée en 1998 par Christian Hugonnet. Le but ? Sensibiliser le grand public et les professionnels à l’importance du sonore dans notre quotidien.
Vous faites partie du jury de la Semaine du Son à Cannes cette année. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Beaucoup de choses. En tant que chef d’orchestre et compositeur, le son est quelque chose de très important pour moi et j’aime beaucoup cette initiative qui existe depuis un moment : un organisme qui essaie d’éveiller les consciences sur l’importance du son qui nous entoure. Alors le son, ce n’est pas seulement la musique, c’est aussi la qualité de ce qu’on écoute, c’est le son qui nous entoure dans la nature, dans la ville, partout. Donc cela va être intéressant d’appréhender les films de ce point de vue-là. Parce que la musique de film est un paramètre important dans le cinéma. Mais aussi la qualité du travail sonore. Un film, ça se regarde mais ça s’écoute également. Ca m’a tout de suite beaucoup plu ce rôle de jury ; évidemment en tant que musicien, je vais y trouver mon compte !
Justement, votre parcours. Quel est le secret d’un compositeur de musiques de films ? Comment travaillez-vous ? En amont, avec ou sans les rushes ?…
Dans le cinéma, il y a toujours deux cas de figures. Il y a la musique que l’on fait effectivement avant un tournage, avec un dialogue, avec un metteur en scène. C’est souvent appréciable d’ailleurs car on est finalement l’un des auteurs du film. L’auteur de la partie sonore et de la partie musicale, on peut suggérer une couleur, une ambiance au film. Avec les réalisateurs, ça s’est souvent présenté, notamment avec Claude Lelouch particulièrement parce qu’on enregistre toujours les musiques avant les tournages, et qu’ensuite non seulement, il tourne dessus mais aussi il monte son film sur la musique.
Et puis il y a le cas de figure où l’on se retrouve à devoir mettre de la musique sur des séquences déjà réalisées et montées, là le travail est un petit peu différent. Il faut évidemment, toujours en concertation avec le metteur en scène, donner un rythme, une couleur en suivant ses désirs, et parfois en proposant une autre direction. C’est intéressant quand la musique du film ne dit pas la même chose que ce que l’on voit déjà. Donc c’est une autre échelle, l’échelle de l’écoute. La musique parle un peu plus à l’inconscient alors que l’image parle vraiment au réel. Il y a ce décalage. Je ne sais pas s’il y a un secret. Le secret serait peut-être d’essayer de faire selon son ressenti et de décrypter au mieux l’envie d’un metteur en scène. C’est lui le patron du film.
C’est le compositeur qui s’adapte mais un réalisateur peut aussi venir vous chercher pour votre savoir-faire, votre signature ?
Il y a les deux situations en effet. On essaie avec les années de trouver son style, donc on est toujours heureux quand quelqu’un vient nous chercher parce qu’il a apprécié votre style et qu’il a envie de ça pour son film. Mais dans le cinéma, on doit être assez versatile et pouvoir aussi sortir de sa zone de confort en allant chercher des idées musicales, des sons que l’on n’a pas forcément encore utilisés. Ca se fait par rapport à l’esthétique du film aussi, et aux souhaits d’un réalisateur. Plus on a une culture musicale vaste, plus on est à l’aise pour donner des réponses à ce qu’il nous est demandé.
Vous êtes un grand fan de comédies musicales… Ca l’emporte sur les musiques de films ?
Non, les deux sont des exercices différents. Quand on écrit une musique, disons, pour soi, soit une comédie musicale soit une œuvre instrumentale, on a une liberté un peu totale du choix du sujet qu’on va prendre, des instruments qu’on va utiliser. Quand on est sur un film, on a des demandes précises d’un metteur en scène, donc là il y a des contraintes. Mais de la contrainte normalement nait l’imagination, à nous de faire que ces contraintes nus permettent d’avoir de nouvelles idées aussi. Ces deux exercices sont différents mais passionnants. Aucun ne réfrène l’inspiration.
Les comédies musicales connaissent un bel essor en France, ça doit vous faire plaisir !
Oui ! C’est un genre qui est magnifique, un genre qui réunit tous les arts. La comédie, la danse, la musique, le chant… Un art très complet qui avait moins trouvé sa place jusqu’à présent et qui aujourd’hui la trouve. Parce que c’est plus d’une culture anglo-saxonne, ce mélange des arts. Et c’est moins dans les codes français où l’on est plus à la recherche d’une certaine forme de réalisme, là où la comédie musicale est plutôt poétique avant tout. On est moins dans un réalisme de situation.
© Amira Charni
Vous avez commencé la musique comme trompettiste, puis comme pianiste…
Je ne joue pas excellement bien de ces deux instruments ! A partir du moment où j’ai orienté ma carrière vers la composition, pour maîtriser un instrument parfaitement il faut en jouer plusieurs heures par jour, il faut l’entretenir. C’est un travail comme celui d’u sportif de haut niveau. Comme je ne l’ai pas fait, je n’ai pas aujourd’hui cette capacité. Évidemment qu’on ne peut pas jouer de tout, c’est déjà difficile de maîtriser un instrument et d’en faire ce que l’on veut, c’est impossible, une vie ne suffit pas.
Vous êtes chef d’orchestre, musicien, compositeur, directeur musical… Une préférence ?
Tout ! Diriger les œuvres des autres est le meilleur moyen d’apprendre aussi l’écriture musicale. Quand on dirige une partition, on doit parfaitement la connaître, l’analyser. Et donc c’est comme ça qu’on apprend. Comment les grands compositeurs écrivent, quelle techniques ils utilisent… Après ça sert son propre travail de compositeur. Les deux me passionnent. La cerise sur le gâteau, c’est quand on dirige ses propres œuvres ! Puisque là on a les deux aspects qui se rejoignent, c’est la plus belle chose qui soit.
Par exemple, vous avez mélangé récemment de l’électro avec de la musique classique ?
Oui ! Parce qu’aujourd’hui et depuis quelques années, les instruments électroniques sont les nouveaux outils. Et je suis persuadé que tous les grands compositeurs classiques les auraient utilisés s’ils y avaient eu accès pour enrichir aussi la musique symphonique et les instruments acoustiques. Évidemment ça crée une nouvelle énergie, un nouveau son, un nouveau mélange et ça, ça a été une aventure passionnante !
L’aventure de la musique, l’aventure des artistes aussi… Liane Foly, Dee Dee Bridgewater… Comment travaille-t-on avec ces différentes personnalités ?
Sur des artistes chanteurs, il s’agit plus de faire des arrangements, des orchestrations de leurs chansons. On leur apporte l’art que nous avons de l’écriture classique, du maniement de l’orchestre alors qu’eux sont plus des mélodistes qui construisent des mélodies, des textes aussi. Là on est donc au service de l’artiste et de son univers. L’orchestre sublime leurs textes, leurs chansons. C’est un travail au plus près de leurs désirs.
Vous avez aussi fait l’acteur…
Oh ce n’est pas vraiment un parcours en tant qu’acteur ! J’ai joué dans quelques films et surtout, encore une fois, avec Claude Lelouch parce que dans ses films il y a très souvent des rôles de musiciens qui sont importants. Il aime filmer la musique et il aime les personnages de musiciens. A plusieurs reprises il m’a demandé de les jouer parce que c’étaient des personnages qui me ressemblaient et qu’il aime bien que la musique soit jouée réellement sur les plateaux. Il faut donc plutôt un musicien pour le faire. A partir du moment où je correspondais à peu près à l’idée qu’il avait du personnage, il me demandait de l’interpréter.
Et ça vous tente d’en faire plus ?
Oui, ça me tenterait de jouer des personnages différents… Je ne sais pas si je suis capable de le faire. Là c’étaient quand mêmes des personnages qui me ressemblaient. Oui, c’est absolument génial de jouer la comédie ! Mais il y a tellement de bons acteurs, je ne sais pas si je suis légitime pour ça…
Quels conseils pourriez-vous donner à de jeunes compositeurs aujourd’hui ? Le passage du Conservatoire est un passage obligatoire par exemple ?
C’est un monde qui a totalement changé par rapport à celui que j’ai connu quand j’ai commencé. Donc évidemment il y a tout un système qui est différent aujourd’hui. En tant que musicien, j’ai envie de dire traditionnel, j’ai fait des études d’écriture. Je sais écrire chaque instrument pour tous les orchestres. J’aurais envie de pousser ceux qui ont envie d’aller dans cette voie d’étudier ça et de savoir le faire. Moi c’est ce qui sert mon langage. Mais aujourd’hui on voit bien que l’univers de la musique n’a jamais été aussi simple, en tout cas en faisant semblant de l’écrire parfois malheureusement. On a aujourd’hui des outils, comme l’IA, qui font croire à chacun qu’il est compositeur… Alors qu’en fait c’est la machine qui exécute des choses et en allant piquer les musiques des autres. Je ne vois pas tout ça évidemment d’un très bon œil en tant que quelqu’un qui a fait un parcours, une formation, qui s’est développé…
J’ai toujours poussé les jeunes générations à faire ça parce que ce n’est pas le but le plus important, c’est le chemin. A partir du moment où il y a une immédiateté d’un peu de tout, c’est une immédiateté qui est tronquée ; en plus, elle donne l’illusion de. Je trouve que c’est un monde artistique qui va assez mal et qui va malheureusement soit vers une stagnation, soit même qui court à sa perte.
L’IA est votre meilleure ennemie ?
Oh oui oui, je trouve absolument catastrophique, particulièrement dans ce qu’on appelle l’IA créative. Ce n’est qu’un monde d’illusions et on ne peut pas vivre dans un monde d’illusions. Je ne vois pas la satisfaction personnelle avec de l’illusion, de la fraude, du mensonge parce que ce n’est que ça. C’est même pour son bien-être personnel, je ne vois pas ce que
Quel regard portez-vous sur le jeune Laurent qui débute et qui est passé aujourd’hui par de nombreuses phases artistiques, voire toutes ?
Je dirais qu’être curieux est une qualité. Et ça peut être aussi un défaut sans doute. C’est vrai que je suis passé par plein de domaines, que je suis curieux de nature et que j’aime m’aventurer dans des chemins que je ne connais pas. Et ça parfois, particulièrement en France, ce peut être une difficulté. Car les gens ont besoin de savoir vous situer et quand ils n’y arrivent pas, vous pouvez en pâtir parce que on se dit ce n’est pas lui que je vais appeler car ce n’est pas spécialité ou alors qu’est-ce que c’est sa spécialité… Si les choses étaient à refaire, peut-être que je ferais un peu plus attention à ça, en essayant de clarifier où je veux aller et ce que je veux faire. Mais quand on est jeune, mais c’est encore le cas aujourd’hui, on a envie, et j’ai toujours envie d’essayer pleine de choses et de ne pas me cantonner dans un univers. Voilà comme je regarderais.
Ce qui est certain, je n’aimerais pas avoir vingt ans aujourd’hui et démarrer dans le milieu musical. Je trouve le très inquiétant pour les jeunes générations… Je ne veux pas être pessimiste ou faire le réac, mais quand tout est possible pour tous, plus rien n’a de valeur. Moi je verrais ça avec les yeux d’un jeune aujourd’hui, je serais un peu perdu : pourquoi je fais de la musique et qu’est-ce que je veux ressentir ? Et faire ressentir aux autres ?
De quoi êtes-vous le plus fier aujourd’hui ? Quelque choses ressort de votre parcours ?
C’est difficile à dire. On est fier quand on a écrit une musique qui arrive à toucher le cœur des gens. Et qui leur fait ressentir les émotions que vous -même vous avez ressenti quand vous l’écriviez. Quand cette symbiose arrive et que l’on sent que les gens sont touchés, en communion avec votre langage, ça c’est. Vraiment une fierté. C’est ça la plus grande fierté.
Une salle ou un lieu préféré où jouer ?
Il y a des grandes salles où il y a une merveilleuse acoustique, ce sont des lieux prestigieux. On est fier d’y jouer. Mais on peut aussi avoir beaucoup de plaisir aussi à se retrouver dans des salles beaucoup plus intimes, moins parfaites pour le concert mais c’est un autre rapport qui s’installe. Donc c’est dur pour moi d’en choisir une. Encore une fois, l’important c’est d’avoir une communion avec le public et de sentir une osmose avec eux.
On se demande ce qu’il vous reste à faire… Que peut-on vous souhaiter aujourd’hui ?
Il y a tellement de choses ! Moi je suis toujours passionné quand je vais à la rencontre d’un nouvel univers de musique que je connais moins, de l’appréhender, de l’intégrer à mon langage.je crois aussi que la nouvelle musique vient de la création des mélanges des cultures. Je suis toujours allé chercher de nouvelles cultures dans mon travail, de nouvelles inspirations, et d’essayer de les amener à mon langage musical. Et c’est ça d’essayer d’en créer un nouveau. C’est sans fin et heureusement !
Petite bio :
Il a fait ses débuts grâce à Radio France qui lui commande ses premières œuvres. Formé aux Conservatoires de Tours et de Paris et à l’École Normale de Paris, ses compositions sont aujourd’hui jouées dans des salles prestigieuses en France et à l’international, de la Salle Pleyel au Carnegie Hall de New York. Il dirige également de nombreux orchestres de renom à travers le monde, parmi lesquels l’Orchestre Philharmonique de Radio France, le London Symphony Orchestra ou encore plusieurs formations en Europe et en Asie.
Très actif à l’international, il a occupé des fonctions de direction musicale au Maroc et en
Thaïlande, développant des projets artistiques d’envergure et des productions symphoniques. Parallèlement, il crée des spectacles musicaux salués par la critique et compose des œuvres ambitieuses mêlant cultures et spiritualité. Compositeur de musiques de films, il signe la bande originale d’une trentaine de longs métrages et collabore avec de nombreux artistes majeurs.

Photo de couverture : © Justine Darmon