Réalisatrice du film «Julian » avec Nina Meurisse et Laurence Roothooft
Une adaptation d’après le livre de Fleur Pierets
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Vingt-sept jours de tournage en Belgique, deux jours à New York pour un film généreux, hors norme, qui raconte l’odyssée de Fleur et Julian, tombées follement amoureuses l’une de l’autre et qui ont un même projet : celui de se marier dans tous les pays où cela est autorisé… Rencontre avec la jeune réalisatrice belge, Cato Kusters.

Quand vous décidez d’adapter à l’écran cette histoire vraie, vous avez à cœur d’être fidèle à l’histoire ou vous vous permettez quelques touches personnelles ?
« Ce travail, c’est un long trajet. La véritable histoire se déroule sur sept ans en fait Et nous, on avait une heure et demie, deux heures, pour raconter quelque chose de vrai. Il fallait trouver ce qui était dans la tête de Fleur dans le livre et de l’extérioriser, de trouver des scènes où se mêlait différents sentiments . On a combiné des choses de la vraie vie, on en a ajouté, on a gardé les personnages de la vraie histoire. On a fait beaucoup de changements tout au long du scénario pour protéger le cœur de l’histoire et en être le plus efficace possible, protéger la mémoire de leur projet, de leur couple, la mémoire de Julian aussi. C’était génial d’avoir Fleur si proche tout au long du processus. Elle était très généreuse, mais on vérifiait souvent que les choses correspondaient bien à la/leur réalité, si on racontait bien la vérité.

Comment arrivez-vous à mettre en images cette histoire assez lourde tout de même ?
Je suis d’accord, c’est une histoire assez lourde, mais en même temps c’est l’histoire de deux personnes qui se sont permises par leur amour de devenir des versions d’elles les plus courageuses. Pour moi, c’est d’abord une histoire sur la force. C’est très joyeux parce qu’elles, en tant que couple, étaient profondément optimistes, à l’image de leur projet ! Alors c’était aussi une façon de suivre l’esprit de ces deux femmes et d’injecter assez d’humour dans le film. Il fallait aussi trouver de actrices pour incarner Julian et Fleur, à la fois différentes mais avec la même âme, tout aussi intelligentes et lumineuses pour pouvoir insuffler une même dynamique.

Justement comment avez-vous trouvé les deux actrices ?
Dès le début, on s’était dit qu’on ne voulait pas être dans l’imitation, je n’y croyais pas. Alors on n’a pas forcément regardé des femmes qui leur ressemblaient de manière physique, mais qui avait quelque chose. Concernant Nina (Meurisse), il fallait que je trouve quelque chose qui me faisait immédiatement penser à elle. Nous avons vu 500 personnes… C’est comme tomber amoureux, ça ne se fait pas comme ça ! On a vu beaucoup de comédiennes, très techniques, très fortes mais qui ne convenaient pas. Pour Laurence (Roothooft), c’est venu assez tôt dans le processus parce qu’elle était très intelligente, elle connaissait très bien le livre. Avant d’arriver sur le casting, elle avait fait déjà toute une étude sur le personnage de Julian, elle est venue comme Julian directement alors qu’elle n’est pas du tout comme ça dans la vie ! On a fait beaucoup d’essais ensuite avec d’autres actrices mais ça n’allait jamais. Alors comme Laurence était bilingue, on a pu agrandir le casting à d’autres pays, notamment en France. J’ai vu le film « Le ravissement », où Nina Meurisse joue un rôle secondaire. Elle avait cette lumière dans le yeux, cette intelligence et cette présence à la fois très forte et lumineuse comme a Fleur. On l’a donc invitée pour venir faire un essai et dès la première minute, elles ont été très complices. Je suis très contente que l’on ait attendu autant. Le casting nous a pris presque huit mois !

Comment en êtes-vous venue à vous intéresser à cette histoire ? Et surtout à vouloir adapter une histoire vraie ?
Ca n’a pas forcément été un choix conscient, parce que j’ai d’abord appris cette histoire par la radio puis j’ai lu le livre immédiatement après. J’ai rencontré Fleur le jour où j’ai terminé le livre. A l’époque, j’avais 23 ans, je terminais mes études de cinéma et je savais que Fleur regardait plus ou moins pour une adaptation sans savoir vraiment comment. Elle a été approchée par six/sept maisons de production, mais elle ne se sentait bien avec personne. Sauf quand elle a rencontré Michiel et Lukas Dhont.

Et ils sont venus vous chercher…
Oui… Quand ils ont commencé à chercher quelqu’un pour la réalisation, moi pendant tout ce temps, je continuais de voir et de parler avec Fleur, on s’entendait bien. Lorsque j’ai terminé mon film de fin d’études, je les ai invités à venir le voir et ils m’ont alors demandé de réfléchir sérieusement à leur proposition de réaliser le film. Jusque-là je n’avais pas osé me placer à ce niveau-là, c’est pour ça que je parle d’une chose presque inconsciente.

Les secrets d’une bonne réalisation, c’est d’abord une histoire de rencontres alors ?
La collaboration est une chose très importante, celle de travailler avec des gens à qui tu fais complètement confiance ; ce n’est pas forcément facile de se faire confiance mais c’est la base. Et puis il faut un bon casting.

Quel genre de réalisatrice êtes-vous ?
Je suis assez fine. Je ne parle pas forcément des dialogues mais j’ai une idée de comment les choses doivent se faire, mais tu vois, j’apprends aussi beaucoup des autres. Et ce sont vraiment elles sur ce film qui ont inventé le présent de leurs personnages. J’aime rechercher le point qui sera juste, quelque chose en quoi je peux croire, quelque chose de vivant et d’honnête.

Que peut-on vous souhaiter aujourd’hui ?
J’espère qu’il y aura beaucoup de territoires où l’on pourra vendre le film et le montrer ! »